[Sondage] – Les Français et les lunettes connectées
Rédigé par Martin Biéri
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11 mai 2026Au début de l’année 2026, le LINC a lancé une enquête avec Harris Interactive – Toluna afin d’explorer la perception des Français sur les lunettes connectées, dans un contexte de multiplication de ces dispositifs. Cette enquête s’est déroulée en ligne, du 22 au 29 janvier 2026, auprès d’un échantillon de 2 128 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans.
Lunettes connectées : un statut d’innovation technologique ambigu
Tout d’abord, une relation différenciée selon les types d’équipements est notable : si les Françaises et Français sont très attachés à leur smartphone (90% auraient du mal à s’en passer), ils ne sont que 43% à avoir un objet connecté (type bague, bracelet ou montre connectés), et seulement 25% à avoir du mal à s’en passer.
Ensuite, les lunettes connectées ne sont pas un sujet de niche, puisque 87% des personnes interrogées en ont entendu parler – même une certaine différence entre certains groupes émergent, sans surprise : ce sont les hommes de 25-49 ans, les catégories socio-professionnelles supérieures, les urbains et les personnes extrêmement connectées qui émergent comme étant les plus au fait de ces nouveaux dispositifs connectés.
Pour autant, le statut d’innovation des lunettes connectées se retrouve dans plusieurs autres indicateurs fournis par le sondage : seuls 9% des personnes interrogées disent d’avoir déjà eu l’occasion de tester des lunettes connectées, en particulier les hommes de 18-24 ans (25%), et de manière générale les personnes très attachées aux technologies et à leurs équipements connectés (29%). Plus généralement, le principal canal d’information sur ces nouveaux dispositifs est les médias (33%), les réseaux sociaux (19%) et internet au sens large (articles spécialisés, vidéos d’influenceurs, etc. – 12%) – donc un objet encore peu utilisé, mais de plus en plus « promu » selon les différents canaux.
Ce statut d’innovation est pourtant plus ambigu dans l’ensemble des réponses : si 47% des personnes parlent d’innovation (au sens large), 22% ont une vision plutôt négative, 21% des réponses se focalisent sur les usages et 20% en ont des perceptions positives. Ceci est par ailleurs confirmé par d’autres indicateurs : 36% les voient comme un gadget ou accessoire de mode, 31% comme un produit « pratique, mais seulement pour certains usages spécifiques », contre 27% qui les voient comme une innovation majeure.
Dans les affirmations concernant les lunettes connectées avec lesquelles les personnes interrogées sont d’accord, plusieurs choses sont notables :
- 78% des interrogés les voient comme une potentielle aide pour les personnes en situation de handicap (visuel ou auditif) ;
- 67% trouvent qu’elles représentent un problème d’atteinte à la vie privée des personnes ;
- 65% qu’elles représentent un danger pour les utilisateurs (distraction, visibilité réduite, etc.) ;
- 59% qu’elles sont pratiques en tant qu’elles permettent d’effectuer différentes tâches en gardant les mains libres ;
- 57% les trouvent utiles pour certaines activités spécifiques (sport, santé, etc.).
Une projection limitée : un intérêt limité à certaines catégories de la population
A la question, « souhaiteriez-vous acquérir des lunettes connectées ? », près des deux tiers déclinent la proposition (62%), contre 36% (et 1% déclarent en avoir déjà une paire). Cela représente donc un marché – potentiel – assez important. A noter également que les personnes interrogées les trouvent plus utiles (50%) qu’inutiles (41%).
Pour autant, de larges variations sont notables dans la population : les hommes entre 25 et 49 ans sont près de 60% (+24%) à indiquer vouloir en acquérir, contre 38% (seulement +2%) pour les femmes de la même tranche d’âge. Au-delà du genre, les distinctions d’âge sont également notables, puisque les plus de 65 ans ne semblent pas conquis (23% pour les hommes, 12% pour les femmes). Point notable également, le fait de déjà porter des lunettes (ou régulièrement des lunettes de soleil) semble avoir un effet marginal sur le souhait d’en acquérir.
Pour les personnes souhaitant en acquérir, les promesses qui séduisent le plus sont :
- La traduction en temps réel de texte ou de conversation (93% de oui) ;
- L’orientation GPS (92) ;
- Prendre des photos ou des vidéos (91%) ;
- Poser des questions à une IA (85%) ;
- Consulter des informations sur internet ou sur les réseaux sociaux (84%).
- Seul le fait de jouer en réalité augmentée recueille moins d’engouement, avec seulement 62% de oui (dont 27% de « oui, certainement »).
Pour les personnes ne souhaitant pas en faire l’acquisition
- Cela ne leur servirait à rien (pour 65% des répondants) ;
- Le prix est également un argument contre (pour 49%) ;
- Le potentiel risque pour la santé (24%) ;
- La sécurité des données personnelles est un motif plus secondaire (22%).
La prise de photos et de vidéos par ces nouveaux dispositifs : un motif d’inquiétude et de méfiance
A l’exception de la curiosité, la majorité des réactions sont plutôt négatives : méfiance, gêne, inquiétude, agacement. Par ailleurs, comme précédemment, la perception varie fortement entre les hommes et les femmes (ces dernières citent au moins une réponse négative à 64% (soit +6%) quand les hommes citent plus facilement au moins une réaction positive à 46% (+8%)).
Les inquiétudes se focalisent en particulier (dans une sélection de deux items proposés maximum) :
- sur le droit à l’image et sur le consentement des personnes lors qu’une photo ou une vidéo est prise via ces dispositifs (57% ont sélectionné cet item parmi les deux choix) ;
- sur l’utilisation de l’IA à des fins de détournement, les deepfakes ou hypertrucages (37%) ;
- sur le vol ou la fuite des données recueillies par les lunettes (34%).
Le recours à des systèmes de reconnaissance faciale associés à ces lunettes comme l’envoi systématique des données sur les serveurs du fabricant ont été choisis par 26% des répondants. Enfin, ils sont 12% à avoir sélectionner le profilage et la publicité ciblée.
De manière générale, il semble y avoir un consensus sur l’aspect plus intrusif de ces dispositifs : ils sont 81% à trouver que les risques de prise de photos et vidéos sans consentement sont plus importants avec les lunettes qu’avec un smartphone. Près de 9 personnes sur 10 trouveraient dérangeant d’être pris en photo ou filmé avec des lunettes sans en avoir été informées. La même proportion souhaiterait donc être informés, sans qu’une modalité soit plébiscitée de manière tranchée :
- 29% par un voyant lumineux ;
- 26% par une association de plusieurs signaux ;
- 23% par une notification sur le smartphone ;
- 18% par un signal sonore.
La CNIL a lancé plusieurs travaux, notamment en appelant à la vigilance et en lançant un plan d'action sur les lunettes connectées – et un article LINC sur les enjeux et l'historique des lunettes connectées.