[Baromètre LINC 2019] - Les pratiques de protection des données progressent

Rédigé par Martin Biéri

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05 décembre 2019


Depuis 2015, le LINC publie les résultats de son étude sur les pratiques numériques et la maîtrise des données personnelles, réalisée avec Médiamétrie. Quelles sont les grandes tendances depuis 5 ans ? Où en sont les Français dans leurs usages du numérique et de ses outils ? La publication de la dernière enquête nous permet de revenir sur les différents indicateurs.

Usages du numérique

Les pratiques des individus liées à la protection de la vie privée et des données personnelles sont à la hausse depuis 5 ans. Si de manière générale, les tendances semblent se stabiliser chez les internautes français sur les deux dernières années, elles démontrent également que ces usages sont désormais bien ancrés, et que les bonnes pratiques continuent à se diffuser. 

 

Stabilisation des tendances : des internautes toujours très attentifs dans leur navigation

Concernant l’usage des navigateurs, ce phénomène de progression et de stabilisation est bien visible : la grande majorité des Français (84%) paramètre le navigateur Internet qu’ils utilisent – ce taux était de 77% en 2015 et de 85% en 2018. Ce chiffre, particulièrement élevé, montre bien qu’il est désormais inscrit dans les usages d’être attentif au fonctionnement d’un navigateur, notamment quand cela concerne directement sa vie privée. On peut également faire l’hypothèse que ces paramétrages sont plus visibles, ou tout du moins plus facilement accessibles dans les navigateurs, facilitant l’intervention de l’utilisateur.

                       Graphique parametrage navigateur
 

Si l’on regroupe les paramètres selon les finalités : 76% des internautes paramètrent l’effacement des traces en ligne en 2019 (68% en 2015), et 71% la confidentialité (58% en 2015). Pour 59% des utilisateurs, ils ont réglé trois paramètres ou plus – soit une hausse de 16 points par rapport à 2015 (le chiffre a atteint les 62% en 2018). Et c’est notamment le point le plus intéressant ici : quand un utilisateur paramètre son navigateur, ce n’est pas qu’une modification – ils ne sont que 11% à régler un paramètre, et 14% à en régler deux.

Dans le détail pour 2019, les trois principaux paramètres montrent la volonté de mettre une certaine distance à sa traçabilité, mais également par rapport à la publicité ciblée :

  • la suppression de l’historique de navigation (65%) ;
  • le refus de partager la localisation géographique (55%) ;
  • le blocage des cookies (51%).

Le choix du navigateur semble également montrer une certaine tendance : si Chrome est le navigateur le plus prisé par les internautes français, ce sont les utilisateurs de Firefox (deuxième navigateur) qui sont les mieux renseignés sur ces paramétrages. Il est également intéressant de souligner que, d’après le baromètre de l’Arcep paru en novembre 2019, les outils utilisés par les internautes sont d’abord ceux qui sont installés par défaut. Ainsi, il n’apparaît pas étonnant de voir des paramétrages plus importants chez eux qui installent des versions alternatives.

 

Des paramétrages moins automatiques concernant les smartphones et tablettes, mais une méfiance marquée concernant la géolocalisation

Selon l’Arcep toujours, la hausse de l’équipement en smartphone continue (77% des Français), dépassant pour la première fois les équipements en ordinateur (76%) et démontrant un changement de paradigme : «plus de la moitié de la population se connecte de manière préférentielle à internet avec un smartphone».

Dans notre baromètre, concernant la gestion des paramètres, les proportions sont en hausse depuis 5 ans, mais bougent peu par rapport à 2018 : 68% des possesseurs de téléphones intelligents l’ont paramétré (contre 60% en 2015, soit une augmentation de 8 points). Les possesseurs de smartphones Apple sont toujours les plus nombreux à le faire (76%). Les principales raisons de ces paramétrages restent les mêmes par rapport aux années précédentes :

  • Bloquer l’accès à la géolocalisation (47% contre 37% en 2015, mais perte de 2 points par rapport à 2018)
  • Couper la géolocalisation ou les communications réseaux pour des questions de confidentialité (44% contre 38% en 2015, mais perte de 2 points par rapport à 2018 également).

A noter en complément qu’un Français sur deux a déjà renoncé à l’installation d’une application en raison de l’accès à certaines informations qu’elle demandait (mêmes chiffres en 2018).

 

Une utilisation croissante des outils de blocage de publicités, notamment dans l’objectif de protéger ses données

On peut noter en effet une prise en main de plus en plus importante des questions de vie privée et de protection des données à caractère personnel en ligne : le taux d’internautes français ayant utilisé un bloqueur de publicités sur leur ordinateur est passé de 36% à 54% de 2015 à 2019. La principale raison est de ne plus voir les publicités intrusives, mais les personnes interrogées soulignent également à 33% qu’il s’agit aussi de protéger leurs données personnelles. Ce chiffre est en augmentation de 7 points depuis 2015, montrant que l’installation d’un tel outil n’est pas qu’un choix de confort.

                         Graphique adblocker
 

Sur tablettes et téléphones portables, les proportions sont moindres (respectivement 19% et 17%) mais sont significativement en hausse depuis 2018 (+2 points). La volonté de protéger ses informations personnelles semble plus forte que sur ordinateur, représentant 40 et 44% des raisons des installations d’adblocker pour 2019.

Il peut être fait l’hypothèse que s’il existe une différence plus marquée entre les différents supports, celle-ci s’explique par le fait que les paramétrages et extensions sont moins facilement accessibles sur tablette et le smartphone. Ces deux derniers sont également plus personnels : on les prête ou les partage moins souvent qu’un ordinateur, ce qui modifie aussi la manière de les utiliser.

 

Le gestionnaire de mot de passe, encore à la marge mais en forte progression

Dans la même veine, l’utilisation d’un gestionnaire de mot de passe reste encore assez faible, mais est en hausse de 50%, passant de 8% à 12% en un an. Les 25 – 34 ans sont 19% à utiliser un outil de ce type. Les Français semblent encore attachés à une gestion «papier» de leurs identifiants et mots de passe (31%), notamment chez les plus âgés, ce qui ne va pas forcément dans le sens des recommandations de sécurité sur ce sujet : de manière générale, il vaut mieux «les retenir sans les écrire».

 

Les internautes et les assistants vocaux : une utilisation (encore) faible, mais une vigilance (légèrement) en hausse

 

Le sujet avait été introduit dans notre baromètre en 2018. On peut constater une augmentation significative de l’usage des assistants vocaux, et une nouvelle relation aux objets connectés et smartphones : ils sont 33% à avoir déjà utilisé un assistant vocal sur les 12 derniers mois (contre 29% en 2018), tout support confondu.

La possession d’assistants vocaux est en hausse par rapport à 2018 : les individus possédant une enceinte connectée sont passés de 8% à 13%, montrant qu’en un an, la pénétration de ces dispositifs reste discrète mais gagne du terrain.
Parmi les utilisateurs, ils sont 46% à s’être penchés sur le paramétrage de ces assistants vocaux, démontrant une augmentation significative des paramétrages concernant la confidentialité en un an : cela représente 6 points de plus qu’en 2018, illustrant la diffusion de la connaissance de ces enjeux. La CNIL avait publié dès 2017 un le guide pratique destiné aux utilisateurs, toujours d’actualité. 

Document reference

Baromètre générique sur les pratiques numériques et la maîtrise des données personnelles

 

Barometre 2019


Illustration - "Touch this" by Qaoz


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Article rédigé par Martin Biéri, Chargé d'études prospectives