Réseaux d’anonymat : des générateurs de confiance aux promesses ambigües

Rédigé par Régis Chatellier

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17 mars 2016


Anonymes ou éphémères, de nouvelles applications imposent leurs usages sur le marché des réseaux sociaux. Autant de nouvelles pratiques individuelles de gestions de la vie privée et des identités multiples ? (2/2)

Homme masqué

Les réseaux sociaux d'anonymats semblent mieux répondre à leur promesse que les applications éphémères. C’est ce que révèle l’enquête réalisée en décembre 2015 par Médiamétrie pour la CNIL auprès d’utilisateurs de services basés sur le modèle de Whisper, Gossip, Yik Yak ou Canary.

Ils sont 63% à déclarer avoir choisi ces applications pour protéger leur identité. Ces applications d'anonymat viennent le plus souvent compléter une stratégie globale d'obfuscation, qui consiste notamment à publier des informations fausses ou imprécises afin de dissimuler les informations réelles. Les utilisateurs sont 70% à avoir fourni des informations délibérément incomplètes lors de leur inscription (pseudonyme, fausse date de naissance, adresse mail secondaire, …). Ces applications génèrent un niveau de confiance global relativement élevé, noté 7,4 sur 10 par les utilisateurs (contre seulement 5,1 sur 10 pour les applis éphémères de type Snapchat).

Les utilisateurs adhèrent à la proposition de protection de leur identité réelle : les personnes interrogées se sentent anonymisés au regard de leurs amis, contacts et connaissances (92%), du fournisseur du service lui-même (85%), de ses partenaires commerciaux (86%) et des autorités publiques (84%). Si ces services proposent une forme d’anonymat, ils ne fournissent en aucun cas une garantie de secret ou d’anonymisation des échanges. La plupart de ces applications sont d’ailleurs très claires sur ce point… pour peu qu’on se plonge dans leurs politiques de confidentialité et de leurs conditions générales d’utilisation.

Si sur les services éphémères, les utilisateurs semblent avoir saisi rapidement que l’aspect divertissant était plus sérieux que l’assurance de sécurité, les services d’anonymat posent plus de questions : perçus comme des outils divertissants, leur promesse de confidentialité recueille la confiance des utilisateurs. Pourtant, au plan technique, ni le temporaire, ni l’anonymat ne sont des qualités aisées à livrer dans le monde numérique d’aujourd’hui… Au-delà, ce sont même sur les visées réelles des services que l’on peut s’interroger. Wired relatait en décembre 2014 l’interview  du fondateur de Whisper, dans le cadre de la conférence Tech Crunch Disrupt  : « le débat portait sur le réel objectif de Whisper. La réponse à la question était encore moins claire à la fin du débat qu’avant l’arrivée sur scène de Michael Heyward…»

Document reference

Étude sur les usages des applications, messageries et réseaux sociaux éphémères et d’anonymat

Enquête Médiamétrie pour la CNIL, décembre 2015. Administration d’un questionnaire sur Internet auprès de 504 internautes de 15 ans et plus, utilisateurs d’applications, messageries et réseaux sociaux éphémères ou d’anonymat du 10 au 30 novembre 2015.


Illustration : Pixabay cc-by SplitShire


Régis Chatellier
Article rédigé par Régis Chatellier, Chargé des études prospectives