Du véhicule au conducteur connecté

Rédigé par Olivier Desbiey

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22 juin 2016


Alors que les constructeurs automobiles ajoutent des services dans les voitures, ils assistent aussi à l'arrivée des conducteurs connectés utilisant les services accessibles via leur smartphone.

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Le logiciel dévore le monde et la route n'y échappe pas. Au travers d’applications de navigation, les constructeurs automobiles assistent à la colonisation de leurs habitacles, de facto connectés dès lors que le conducteur l'est également. Pour conserver leur rôle central dans la mobilité, les constructeurs mettent en avant le concept de « véhicule  étendu ». S'il s'agissait initialement de s'assurer de préserver la sécurité et l'intégrité des personnes et des biens, son périmètre semble aujourd'hui beaucoup plus large car il englobe tous les services connectés "au-delà du domaine de la diagnostabilité". Que ce soit pour des motifs de sécurité ou pour défendre d'autres intérêts stratégiques, les constructeurs souhaitent garder la maitrise des flux de données du véhicule en vue de pouvoir les ouvrir pour les services et usages de leur choix, gratuitement ou non, à des éditeurs d’applications « accrédités » et pouvant être extérieurs au monde de l’automobile.

Il s'agit notamment de conserver une relation directe avec l’utilisateur final (le conducteur) et de ne pas se faire désintermédier par des tiers. Des grands acteurs du numérique comme Google et Apple ont d'ores et déjà mis en place des partenariats avec certains constructeurs en leur proposant des versions dédidées de leur système d'exploitation, respectivement au moyen de Android Auto et Carplay. Cependant, d'autres acteurs cherchent eux aussi à entrer dans le véhicule en même temps que le conducteur.

Le véhicule connecté, une plateforme malgré lui

Que ce soit au travers de services proposés par des startups ou même par des assurances, le conducteur fait figure de point d'entrée privilégié pour apporter de nouvelles fonctionnalités jusque dans l'habitacle. Il est ainsi possible de s'appuyer sur la prise OBD (On-Board Diagnostics): ce dispositif présent dans tous les véhicules récents a été initialement conçu pour réaliser le diagnostic en concession. En le détournant de son usage au moyen de boitiers que le conducteur branche sur cette prise, des startups l'ont progressivement transformée en une sorte d’API universelle permettant de  récupérer des données sur l’état du véhicule. Il devient donc possible « d’augmenter » des voitures qui n’ont pas été vendues comme « connectées », au travers d'un outil destiné initialement à des fins techniques et non à rendre des services au conducteur.

Au travers de son boitier Akolyt, la startup française Drust propose par exemple à ses utilisateurs du coaching en temps réel pour limiter la consommation de carburant ou encore la localisation d'un véhicule pour faciliter son partage. Certains nouveaux entrants cherchent aussi à mettre à disposition les données collectées pour permettre à des développeurs tiers  de créer des services dédiés. C’est par exemple la stratégie poursuivie en France par Xee qui ambitionne d'être le premier magasin d'applications dédié au véhicule connecté, ou par Automatic aux Etats-Unis. Pour l’instant, les applications créées concernent majoritairement les domaines liés à la sécurité du véhicule (problèmes techniques, etc) et des passagers (appel d’urgence, partage de position,…), des applications orientées « business » (gestion de flotte, décompte automatique en fonction des trajets,…), ainsi que des applications « sociales » et de divertissement.

Dans le domaine de l'assurance, Allianz et Direct Assurance proposent déjà des offres personnalisées de « pay as you drive » ou « pay how you drive » en s’appuyant  sur des données collectées à la fois au travers des capteurs du smartphone (accéléromètre, GPS) ainsi que sur celles issues de la prise OBD. Il s’agit alors de moduler la prime d’assurance en fonction des pratiques réelles de conduite.

Enfin, à l'instar de Tesla de nouveaux venus comme Faraday Future nourrissent des projets plus ambitieux en matière de véhicule connecté (voire autonome) non pas en les augmentant à partir d'une base existante mais on les réinventant de A à Z. L’expérience utilisateur et les services connectés offerts à bord du véhicule apparaissent comme la brique de base autour de laquelle le reste du véhicule est conçu, à rebours de l’approche traditionnelle.


Olivier Desbiez
Article rédigé par Olivier Desbiey, Chargé des études prospectives